27.05.16

       Salut mes caramels au beurre salé,

      Je reviens vers vous avec une perle, une petite étincelle de douceur et de vie. Mais si, comme les bouchées de chocolat pétillant, tu sais, qui, après avoir fondues, imitent le 14 Juillet sur ta langue. Si tu ne sais pas de quoi je parle, lis ce qui suit, tu vas comprendre.

otagesintimes

       Oui, Otages intimes de Benameur. Révélation de mes vacances (non je ne passe pas ma vie en vacances, merci oui, mais j’avoue avoir plus de temps pour écrire pendant, au revoir).
Pourquoi une révélation, me demanderez-vous ? (ou pas, tu peux aussi faire ALt+F4) Tout simplement parce que c’est non seulement un récit ancré dans l’actualité de notre société, dans un style plus que maîtrisé, musical et strict (j’y reviens) mais également appelant à l’identification du lecteur ainsi qu’à sa réflexion. Il est clair que lire amène la plupart du temps à la réflexion, mais certains volumes le font mieux que d’autres.

         Et dooooonc, Etienne est retenu otage dans un pays en guerre depuis plusieurs années. Jusque là enfermé dans une pièce exiguë sans compagnie, il ne sort qu’une fois par jour. Mais aujourd’hui, il sort. Vraiment. Le tarmac, le siège de l’avion, sa besace en cuir qu’il palpe, qu’il retrouve. Il rentre.
Le vrai deal, c’est de retrouver la vie, se retrouver, de se retrouver à la vie après cette épreuve. Retrouver sa mère, son village, sa rivière, sa forêt, son piano, ses amis d’enfance. Etienne est photographe de guerre, c’est donc très rare qu’il rentre mais cette fois se fait sentir le besoin vital de se poser. Malgré tout, quelque chose s’est brisé. Comment revenir à la vie ?

« Calmer l’alarme qui l’a envahi là-haut, tout à l’heure. Ça survient sans qu’il le prévoit. Des moments d’étrangeté. Ce qui était familier s’éloigne. Les objets, les gens sont bien les mêmes. L’étranger, c’est lui. »

        Et c’est donc avec des phrases comme rythmées par la respiration courte du (jeune?) homme que Jeanne Benameur nous fait goûter au sel de cette vie retrouvée, comme la joie d’avaler une gorgée de café chaud, sentir son arôme, le vent dans les branches d’un arbre, le parfum des fleurs. L’on pourrait parfois croire à une écriture automatique si bien qu’en fermant les yeux, on vivrait la même expérience sensorielle qu’Etienne, qu’Enzo, qu’Irène ou que Jofranka; personnages gravitant autour de la maison familiale. Le sensoriel prime sur les faits.

« Le soleil arrive à travers les branches, atteint ses épaules. […] Pour ne rien perdre de l’odeur des arbres, il ferme les yeux, laisse le fracas de l’eau engourdir son ouïe. Alors l’odeur vient. Il respire la forêt. Des bouffées fraîches et épicées à la fois. Les grands arbres sont là. S’en remettre à leur force. Rien n’a besoin de lui pour être. Il peut être inutile. C’est ça le repos. »

      Je pourrai vous paraphraser tout le livre, vous en citer des pages entières, mais je finirai simplement sur cet attachement à la musique au fil du récit, permettant aux personnages de tenir dans leur vie quotidienne, de se reposer, d’être plus forts ou plus rigoureux.
C’est d’ailleurs pour cela que je parle de style strict, parce que la musique, comme le dit Irène dans le texte, c’est une éducation libre et exigeante. Sans rigueur, pas de beauté. Et la musicalité de ce texte est comme entrecoupée de silences.

« Les paroles qu’il aurait voulues pour son ami, elles sont dans sa musique cette nuit. Elles disent l’air du matin qu’il allait respirer pour lui. Elles disent la cime des arbres et l’élan du vol quand il planait là-haut et qu’il essayait d’élargir le confinement. Pour lui. Pour Etienne. Ses mains ont toujours su dire mieux que sa bouche. Que sa musique borde le sommeil. « 

     Je ne vous en dirai pas plus, parce que le récit est finalement supposé rester une surprise à la lecture, donc je ne vous vante que sa forme. A vous de courir le lire.

Pensez à votre libraire, oubliez Amazon ! 

La bise, mes chatons.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s