14.11.15

Bonjour,

Hier était un vendredi 13 comme les autres. J’ai ri, j’ai travaillé, j’ai bu un coup avec des amis. Et puis je suis rentrée, j’ai allumé la télé et j’ai cru rêver. J’ai pris mon portable et j’ai appelé tout le monde, à Paris. Dans un sursaut, je ne me rappelais plus si c’était ce soir ou le lendemain que mon frère allait au concert des Deftones au Bataclan. Et mes amis. A 24h près, on peut tout perdre. J’envoie tout mon amour et du courage aux parisiens, aux familles et êtres aimés perdus ou qui ont perdu. Les larmes me montent aux yeux depuis hier soir. J’ai du mal à comprendre. C’est un cauchemar mais ça n’a jamais été si réel.

J’ai commencé un nouveau livre cette semaine. Et comme un écho :

 » Comment pouvait-on être si froid? Comment pouvait-on rire ainsi en pareil moment ? Tant de frivolité me révolta, et je ne pus m’empêcher d’intervenir.

-Messieurs, dis-je en levant la voix pour les faire se retourner, je suis sûr que des nouvelles de Paris tranquilliseraient votre conscience.
-Voici que notre ami s’agite, répondit-il en me regardant, mais je t’assure qu’il n’y a pas de quoi : Paris n’existe plus. »

Le Jardin des Sept Crépuscules, M. de Palol, Zulma

Force & Amour

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Citation

J’avais aimé…

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     « L’inconscient n’existe pas; il n’y a que des miettes d’information, des lambeaux de mémoire pas assez importants pour être traités, des bribes comme autrefois ces bandes perforées dont se nourrissaient les ordinateurs; mes souvenirs sont ces bouts de papier, découpés et jetés en l’air, mélangés, rafistolés, dont j’ignorais qu’ils se mettraient bientôt bout à bout dans un sens nouveau.
La vie est une machine à arracher l’être; elle nous dépouille depuis l’enfance pour nous rep
eupler en nous plongeant dans un bain de contacts, de voix, de messages qui nous modifient à l’infini, nous sommes en mouvement. Un cliché instantané ne donne qu’un portrait vide, des noms, un nom unique.
J’allais bientôt être fracassé par une partie de la vérité et regardez-moi courir, ignorant, sans comprendre, accroché à l’espoir et à mon nouveau travail comme aux deux derniers vaisseaux sur la grève. » 

Mathias Énard – Rue des voleurs

Aujourd’hui, je reviens avec une citation de M. Enard, mon auteur préféré si j’ose dire. Un homme qui a vécu et qui écrit comme j’aurai souhaité écrire. L’Alcool et la nostalgie m’avait particulièrement marqué, j’y reviendrai sans doute un jour dans un nouvel article. Rue des voleurs  était également percutant, comme m’avait touché La Perfection du tir. Je ne saurai que trop vous conseiller de lire et de faire plaisir à vos yeux avec le génial Tout sera oublié chez Actes Sud BD en collaboration avec Pierre Marquèz. Sa prose est d’une poésie étonnante et d’une intelligence rare. J’ai eu la chance d’acquérir son dernier roman « Boussole » dont j’attends la lecture avec impatience, mais il mérite une lecture posée et absorbée, chose que je n’ai pas le temps de faire ces derniers temps, je vous en reparlerai ! Un « J’avais aimé » particulier donc, puisque cette citation m’est chère.

Quel est votre auteur préféré ? Je demande à découvrir, avec impatience.

La bise.