27.09.17

Aloha mes p’tit loups,

L’Algérie dont parle Alice Zeniter et qui sera le point de départ du roman dont j’ai décidé de vous parler aujourd’hui est peinte par ses habitants et occupants de loin en loin comme parée de bijoux patinés et d’effluves épicées, bien que cette image ne soit plus qu’un fard aux yeux de certains autres.

L’auteure de L’Art de perdre paru aux éditions Flammarion, forte de ses documentations et récents voyages dans la ville blanche qu’est (que fut?) Alger, se confond presque avec un de ses personnages marquants que peut être Naïma, accoudée au bastingage d’un bateau.

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Avant cela vient l’histoire d’Ali, son grand-père. Son enfance, mêlée de rires, de découvertes, de traditions. Dans la maison située au coeur des Sept crêtes, la famille s’agrandit et se meut parmi les oliviers oscillant au gré de la brise étouffante. Survient alors cette révolution, guerre d’indépendance, les obligeant à fuir vers la France.

Puis l’on découvre celle d’Hamid, premier né de Yema, mariée à 14 ans au chef de famille ayant fait fortune puis exilé. Petit garçon faisant les cent pas dans le camp de Rivesaltes. Par la suite, Yema et Ali auront une dizaine d’enfants. Frères et soeurs qu’Hamid délaisse allègrement en rencontrant une jolie fille aux yeux clairs et en s’envolant pour Paris.

De cette union découle la troisième et dernière partie. Naïma survole le récit, parcoure la terre natale, tremble et cherche à savoir qui elle est, quand elle n’a pas la gueule de bois.

Ce roman purement bouleversant, renverse les certitudes, imprime un grand sourire sur vos lèvres, interpelle. Alors je me contenterait de vous le conseiller, en laissant se dessiner tranquillement les montagnes au creux de vos pupilles et frissonner dans le froid d’une cité de Normandie.

J’espère qu’il vous plaira autant qu’à moi.

A très vite,

« Et elle enrage de se sentir ainsi coincée entre deux stéréotypes, l’un qui trahirait, comme le pense Lalla, la cause des immigrés pauvres et moins chanceux qu’elle, l’autre qui l’exclurait du coeur de la société française. Par moments – comme là, comme maintenant- elle trouve profondément injuste de ne pas pouvoir être simplement Naïma et de devoir se penser comme un point sur une représentation graphique de l’intégration (…) Furieuse, elle donne un coup de pied dans le grillage qui longe les rails et celui-ci tinte faiblement, presque indistinctement, sous le choc. La petitesse de son geste de colère l’agite d’un fou rire nerveux – tremble, France, car j’ai heurté de la pointe du pied tes biens publics. »

 

Citation

J’avais aimé…

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     « L’inconscient n’existe pas; il n’y a que des miettes d’information, des lambeaux de mémoire pas assez importants pour être traités, des bribes comme autrefois ces bandes perforées dont se nourrissaient les ordinateurs; mes souvenirs sont ces bouts de papier, découpés et jetés en l’air, mélangés, rafistolés, dont j’ignorais qu’ils se mettraient bientôt bout à bout dans un sens nouveau.
La vie est une machine à arracher l’être; elle nous dépouille depuis l’enfance pour nous rep
eupler en nous plongeant dans un bain de contacts, de voix, de messages qui nous modifient à l’infini, nous sommes en mouvement. Un cliché instantané ne donne qu’un portrait vide, des noms, un nom unique.
J’allais bientôt être fracassé par une partie de la vérité et regardez-moi courir, ignorant, sans comprendre, accroché à l’espoir et à mon nouveau travail comme aux deux derniers vaisseaux sur la grève. » 

Mathias Énard – Rue des voleurs

Aujourd’hui, je reviens avec une citation de M. Enard, mon auteur préféré si j’ose dire. Un homme qui a vécu et qui écrit comme j’aurai souhaité écrire. L’Alcool et la nostalgie m’avait particulièrement marqué, j’y reviendrai sans doute un jour dans un nouvel article. Rue des voleurs  était également percutant, comme m’avait touché La Perfection du tir. Je ne saurai que trop vous conseiller de lire et de faire plaisir à vos yeux avec le génial Tout sera oublié chez Actes Sud BD en collaboration avec Pierre Marquèz. Sa prose est d’une poésie étonnante et d’une intelligence rare. J’ai eu la chance d’acquérir son dernier roman « Boussole » dont j’attends la lecture avec impatience, mais il mérite une lecture posée et absorbée, chose que je n’ai pas le temps de faire ces derniers temps, je vous en reparlerai ! Un « J’avais aimé » particulier donc, puisque cette citation m’est chère.

Quel est votre auteur préféré ? Je demande à découvrir, avec impatience.

La bise.