Citation

J’avais aimé…

Processed with VSCOcam with se1 preset

« Depuis le jour où j’avais découvert la librairie de Sylvia Beach, j’avais lu toutes les oeuvres de Tourgueniev et toutes celles de Gogol qui avaient été traduites par Constance Garnett et les traductions anglaises de Tchékov. A Toronto, avant même notre arrivée à Paris, j’avais entendu dire que Katherine Mansfield avait écrit d’excellentes nouvelles, mais, comparée à Tchékov, elle me faisait penser à une jeune vieille fille qui conterait habilement des récits artificiels, à côté d’un médecin plein d’expérience et de lucidité qui saurait dire les choses, bien et simplement. Mansfield était de la petite bière : mieux valait boire de l’eau. Encore que Tchékov ne fût pas de l’eau, sauf pour la limpidité. Certains de ses récits semblaient purement journalistiques. Mais il y en avait aussi de merveilleux.
Dans Dostoïevsky, il y avait certaines choses incroyables et auxquelles on ne pouvait croire, mais d’autres aussi qui étaient si vraies qu’elles vous transformaient au fur et à mesure que vous les lisiez; elles vous enseignaient la fragilité et la folie, la méchanceté et la sainteté et les affres du jeu, comme Tourgueniev vous enseignait les paysages et les routes, et Tolstoï les mouvements de troupes, le terrain et les forces en présence, officiers et soldats, et le combat.

(…)

Découvrir tout ce monde nouveau d’écrivains, et avoir du temps pour lire, dans une ville comme Paris où l’on pouvait bien vivre et bien travailler, même si l’on était pauvre, c’était comme si l’on vous avait fait don d’un trésor.

(…)

Les livres étaient toujours là, de sorte que vous pouviez vivre dans ce nouveau monde que vous aviez découvert. »

Publicités

1.10.15

Rien de tel qu’un petit plaisir court, intense et qui laisse un bon souvenir. 

Je parle de livre, hein, toujours. Et plus particulièrement de cette perle repérée l’année dernière lors de sa parution en grand format, dont une collègue m’avait amplement vanté les bienfaits pour les zygomatiques.

Paru au Diable Vauvert tout d’abord, il est le phénomène de la rentrée dans sa version poche (Folio) , avec, s’il vous plait, une campagne dans le métro parisien (youpi)(toute pub est bonne à prendre quand il s’agit de lecture ces temps-ci).
J’ai nommé : Le Liseur du 6H27 de Monsieur Didierlaurent.

C’est simple (pense pas à Zoé), Guylain Vignolles a une vie terne et routinière. Il travaille dans une usine de pilonnage de livres dont la Chose, Zerstor 500, emplit ses jours et écourte ses nuits. Peu d’amis, des mensonges à sa mère; son plus fidèle compagnon reste Rouget de Lisle, son poisson.  Alors, pour oublier et faire passer le goût amer de sa vie, Guylain lit à voix haute les feuillets rescapés de la veille sur son strapontin du RER qui l’emmène chaque matin. S’ensuit une rencontre, des découvertes, et la vie.

Un livre qui agit sur moi comme l’avait fait Et puis Paulette de Barbara Constantine : un plaisir de quelques heures, conte aux effluves bien quotidiennes mais empruntes d’irréel dans le sens où on sait bien, comme on regarde Love Actually un dimanche avant Noël, que la vie IRL ne se passe pas tout à fait ainsi, et que les happy end appartiennent bien à la fiction mais qui redonne foi en notre humanité.

J’ai eu envie de faire des câlins aux passants dans la rue ensuite. Mais ne vous y trompez pas, je ferais des câlins à la terre entière si je pouvais.

Plein d’amour les gars, et bonne lecture.